« Un éleveur en cavale » – Journal de Saône-et-Loire

« Mon tracteur était le seul moyen d’avoir droit à la parole »
Journal de Saône-et-Loire, vendredi 19 mai 2017.

« Toujours recherché par les gendarmes, l’agriculteur de Trivy a contacté le Journal de Saône-et-Loire jeudi matin [18 mai]. Témoignage d’un homme en plein désarroi. »

Cultivé, maniant aisément des références littéraires ou évangéliques, ayant déjà participé à des conférences publiques, Jérôme Laronze apparaît comme un agriculteur atypique. Attachant selon certains. En sérieuses difficultés psychologiques selon d’autres.

Recherché par les gendarmes après son coup de sang survenu le jeudi 11 mai au cours d’un contrôle de son exploitation, l’homme de 57 ans se cache. Jeudi matin, il a contacté le Journal de Saône-et-Loire pour s’exprimer.

L’administration de l’agriculture ne nous apporte rien, sinon de l’humiliation.” Jérôme Laronze

Il a notamment évoqué un épisode survenu le 6 juin 2016. Ce jour-là, des fonctionnaires de la direction départementale de la Protection des populations de ses bovins dans leurs pâtures. Mais les bêtes paniquent et, selon le récit de l’agriculteur, une vingtaine d’entre elles se précipitent dans un ruisseau. Cinq n’y survivront pas. « Plus tard, on m’a demandé de ne rien dire concernant ces bêtes pour que mon dossier soit régularisé », affirme-t-il.

« La colère du juste »

Traumatisé par cet épisode qu’il relate dans un mail adressé au JSL, l’éleveur admet « ne pas avoir été rigoureux » concernant les déclarations de traçabilité de ses bêtes. Il dénonce surtout « L’hyper administration, qui n’apporte rien aux agriculteurs, sinon de l’humiliation et des brimades. Cela ne rapporte qu’aux marchands et aux intermédiaires. Mon cas est anecdotique, mais il illustre l’ultra réglementation qui conduit à une destruction des paysans. Les dossiers de la politique agricole commune sont devenus tellement compliqués que les paysans payent des gens pour faire leurs déclarations. Il y a une solitude de l’agriculteur face aux nombreuses questions des contrôleurs. Pour avoir la paix le paysan va signer tous les papiers qu’on lui tend ».

Concernant la récente charte départementale destinée à « humaniser » les contrôles des agriculteurs par les services de l’État, Jérôme Laronze la considère comme un simple « instrument de communication. C’est le bal des hypocrites ».

Interrogé sur l’épisode du tracteur, l’éleveur avait déclaré avoir simplement voulu « effaroucher » les gendarmes : « Quand ils sont arrivés, les contrôleurs et tous ces gendarmes, j’étais sur mon tracteur et j’y suis resté, car c’était pour moi le seul et unique moyen d’avoir le droit à la parole. J’ai toujours été courtois et je n’ai jamais manqué d’égards pour les contrôleurs. Mais ce jour-là, j’ai été pris par la colère du juste comme Jésus avec les marchands du temple. Le paysan, on le fait culpabiliser du matin au soir. Et le jour où il se déculpabilise, on lui envoie les gendarmes ».

Damien Valette

Point par point

Règles sanitaires.
Le principal grief de l’administration à l’encontre de l’éleveur de Trivy concerne les règles sanitaires et notamment le non-respect de la traçabilité des bovins.

« Les rentiers du syndicalisme ».
Un temps engagé au sein de la Confédération paysanne (en porte-parole et représentant départemental), Jérôme Laronze dénonce aujourd’hui « Les rentiers du syndicalisme. Leur gagne-pain n’est plus leur ferme, mais leurs activités syndicales ! »

« Marre de cet acharnement ».
Un habitant de Trivy, proche de Jérôme Laronze, plaide en sa faveur : « Il n’est pas une personne violente, simplement un homme qui en a eu marre de cet “acharnement” contre lui. Nous le connaissons bien et jamais il n’a fait preuve de violence. C’est une personne très intéressante. »

Ni suicide, ni reddition

« Je n’ai résolument pas l’intention de me suicider », a précisé jeudi matin au JSL, Jérôme Laronze. L’agriculteur affirme également ne pas envisager de se rendre aux forces de l’ordre. « C’est la période électorale, je vais faire campagne », répond-il sous forme de boutade. Cette position jusqu’au-boutiste après une semaine de cavale, les autorités comme les proches de l’éleveur la considèrent comme une impasse.

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